Excuse moi. J'aime pas ces mots. Parce que quand on le dit c'est forcement trop tard. Tu te vois harpenter les rues sales d'Annemasse, les gens te regardent avec des gros yeux accusateurs, on a presque l'impression qu'il connaissent ton histoire. Tu cherches le premier bureau de tabac qui te tombe sous la main, le vendeur à du mal à te comprendre à cause de ta voix qui tremble et de tes yeux trop mouillés pour voir si la monnaie rendue est juste ou non, de tout façon tu t'en fiches. Tu marches la tête baissée vers ton bar préféré, celui que tu cotoies depuis plus d'un an, la chaleur te reconforte, le sourire des habitués aussi...Un peu. Tu commandes ta bière habituelle à ta serveuse habituelle, tu allumes ta troisième Marloboro menthol des vingt dernières minutes, elle te brûle legèrement les lèvres mais elle te fait du bien. Tu ouvres ton gros bloc-note qui est aussi rouge que tes yeux et tu commences à parler à ton psychiatre personnel : ta feuille blanche. Tu lui parles de la semaine quarante-neuf, des cartons au lycée jusqu'a la rupture avec ta dernière conquête que tu avais depuis plus de cinq mois, en passant par ton mal de vivre en general, de la boule au ventre avec qui tu passes la plupart de tes dernières journées, du froid qui t'empêche de rêver en te collant les mains au fond des poches, à la buée sur la vitre sur laquelle tu aimais tant faire de petits dessins, et le ciel. Ce ciel aussi gris que tes idées, ce ciel qui te fait penser à l'immensité des planètes, des galaxies, des univers lointains mais surtout de la taille que prennent tes problemes dans tout ce bordel galactique. Tu tournes alors la tête d'un côté puis d'un autre, croisant encore ces regards qui te font te sentir étrangement nu, alors t'espère que personne ne te croise aussi pitoyable que maintenant, mais le destin décide de foutre son grin de sel : la solitude est de courte durée finalement. Il me parle, j'ai un peu de mal à tout comprendre après tout ce qu'il venait de m'arriver, il m'explique que de son côté la semaine fut rude également, sa Lucky Strike se colle doucement à ses levres et se consume. La solution est donc evidente pour nous : boire . On reunit nos fonds de poches histoire de subsiter un peu d'alcool, on finit par arriver à un bon chiffre, pas tout à fait rond . On achete celle qui nous parait la plus adaptée à la situation : Scoth Whisky Label 5 et une bouteille de Coca ( Light s'il vous plait ) . On sort, on traverse la place de la mairie avec notre materiel dans mon sac, impatient de pouvoir commencer notre Eldorado à notre façon, jamais ça arrivera.
Parce que la semaine #49, elle nous deteste .